Née en 1939, d’un père scientifique qui passait de
nombreux mois par année loin de la civilisation, sur une île, Margaret
Atwood a passé une partie de sa jeunesse au milieu d’un lac en Abitibi, dans
une grande frugalité. Ce qui n’a pas peu contribué à sa réflexion sur
l’équité et l’a amenée à se demander si, tous en tant qu’être humains, nous
n’’avons pas contracté une dette simplement en naissant. Car c’est à la
Terre, d’abord et avant tout que l’on emprunte assidûment sans compter, et
en négligeant de rendre des comptes.
Konk
Le regard que Margaret Atwood a sur la terre, nombre
d’entre nous pourraient l'avoir sur l’Église qui a porté la Parole de Dieu
à travers les siècles jusqu’à nous. Il ne s’agit pas ici seulement de la
conservation des écrits de la Bible mais plus encore de la recherche
constante pour tirer la substantifique moelle de ces textes. Combien de
chercheurs et de chercheuses ont consacré leur vie à approfondir la richesse
de la Parole divine, à comprendre les images, les thèmes pour saisir la
portée de l’Alliance entre Dieu et nous. Pour les Juifs à qui cette Parole
fut d’abord adressée, il était plus facile de dégager le sens, mais, pour
nous, il faut vraiment bénéficier du travail des experts que sont les
exégètes pour y voir clair. Par exemple, dans le récit de l’institution de
l’Eucharistie, Matthieu rapporte en araméen une parole de Jésus qui est
presque intraduisible en français. La Bible de Jérusalem traduit : Ceci
est mon sang, le sang de l’Alliance, Martucci dit : il faudrait
traduire : Ceci est mon sang-de-l’alliance, en mettant des traits
d’union entre les mots sang et alliance. L’expression renvoie
à Exode 24. Pour conclure l’Alliance entre Dieu et son peuple, Moïse, sur le
Sinaï, prend la moitié du sang des victimes sacrificielles et la jette sur
l’autel, puis il prend l’autre moitié et la jette sur le peuple en disant :
Ceci est le sang de l’alliance; Jésus reprend : Moïse vous en
avait présenté un; voici celui que je vous présente, moi. Pour des
Juifs, le sens était clair. Mais Matthieu va encore plus loin : ce vin
symbolise le sang de Jésus. Il va être répandu pour une multitude, dit-il.

Il y a plein de symboles dans toute la Bible et bien
malin qui peut prétendre ne pas tomber dans une interprétation erronée sans
un guide expérimenté. En fait la Bible est la Parole de Dieu rédigée par des
humains à compter de l’an 1000 av. J.C. jusqu’au 1er siècle après
J.C.. Nous pouvons être reconnaissants et reconnaissantes envers les
scientifiques qui ont fait des recherches de tous ordres pour que nous la
comprenions mieux. Nous pouvons également être reconnaissants et
reconnaissantes envers les personnes lumineuses, proches du cœur de Dieu
qui, tout en bénéficiant du travail énorme des exégètes, ont compris la
Parole de Dieu de l’intérieur. Permettez-moi de donner comme exemple un
extrait de l’éditorial de Benoit Lacroix, O.P. tiré du Devoir du 12 avril
2009. Si l’on admet et accepte le corps spirituel, c’est-à-dire le corps
animé par le souffle de l’esprit, l’’infini est virtuellement là, encore
faut-il que le corps spirituel s’éveille. Tout l’éditorial est à lire,
bien entendu. Il y a dans ce texte une telle lumière que l’on ne peut que
rendre grâce d’en être les bénéficiaires.
Ne pourrions-nous pas affirmer tout comme Margaret Atwood
l’a fait pour la terre, que nous avons une dette envers l’Église qui, toute
pécheresse qu’elle soit, a cherché à nous transmettre la Parole de Dieu. Ne
pourrions-nous accepter la dualité humaine (le mal/le bien, l’homme/la
femme, l’eau/le feu) en cheminement vers la divinité (le Père/le Fils/le
Saint-Esprit.) Ce n’est pas l’un et l’autre; mais bien de l’un à l’autre.
C’est un processus de mort continuel pour nous amener à vivre un moment
d’illumination pour en devenir illuminé.
L’Église, elle peut être lumineuse quand elle parle de
Dieu, mais elle a besoin de chacun et chacune de nous pour cheminer et
transmettre à la génération suivante le meilleur d’elle-même.
Lucille Lepitre, fcscj